Sous l’appellation HGTE, Ferrari applique un traitement destiné à rendre la Ferrari 599 GTB Fiorano plus sportive, plus réactive et plus musicale…
Lors de sa commercialisation, il y a de cela trois ans, la superbe Ferrari 599 GTB Fiorano fonctionne parfaitement dans tous les domaines et bénéficie d’un traitement particulièrement luxueux. L’objectif de la marque de Maranello de rassurer une nouvelle clientèle sur de nouveaux marchés, dont la Chine, est cependant perçu par les propriétaires des modèles précédents, de la 365 GTB/4 à la 575M en passant par les BB et les Testarossa ou TR, comme une perte de virilité. Pour les réconforter, au mois de mars 2009, Ferrari présente la HGTE. Sous cette appellation signifiant Handling Gran Turismo Evoluzione, cette dernière vise à offrir aux conducteurs un comportement plus dynamique de la voiture, plus en phase avec sa vocation sportive.
Le départ de ce « bref » essai (1.195 kilomètres en 3 jours !) est fixé depuis les ateliers Pozzi, distributeur officiel de la marque à Paris depuis des lustres. Au fond de la petite cour nous attend une superbe HGTE de couleur rouge, comme il se doit pour une Ferrari, mais d’autres teintes, moins voyantes, sont disponibles. Pied droit enfoncé sur la pédale de frein, contact mis, il suffit d’exercer une pression sur le gros bouton rouge (« engine start ») placé en bas et à gauche de la couronne centrale du volant pour démarrer le moteur. Amplifiée par un coup d’accélérateur rageur alors qu’aucun contact n’est exercé sur la pédale de droite, une musique sourde et rauque retentit dans la courette. Plus personne ne pourra se plaindre que le bruit émis par les échappements est trop feutré. Cette musique est tout simplement indescriptible sur papier, à moins de pouvoir utiliser les grandes onomatopées chères à Jean Graton dans les albums de Michel Vaillant : vrooom, rooaw, vrow…
Rouler sur un circuit ne figure pas au programme. Les essayeurs et les pilotes d’essai de Ferrari ont consacré suffisamment de centaines d’heures sur la piste de Fiorano pour peaufiner les réglages de cette proposition HGTE qu’on peut leur faire confiance (presque !) aveuglément. D’autant plus que tout cela a parfaitement été validé et même béni par Michael Schumacher en personne. Le but est de vérifier ce que cela donne après quelques heures de conduite sur routes ouvertes. Une première surprise : malgré un V12 de 620 chevaux en charge d’emmener plus de 1.800 kilos avec deux personnes à bord, la consommation est relativement raisonnable.
La moyenne de l’essai s’est chiffrée à 15,8 litres aux 100 kilomètres avec des valeurs partielles de 13,9, 16,2 et 17,1 litres aux 100 kilomètres sur des parcours essentiellement autoroutiers couverts à des moyennes plus ou moins respectables… D’accord, c’est beaucoup plus qu’une petite berline Diesel d’un représentant de commerce, mais cela prouve que Ferrari ne ment pas en prétendant réduire progressivement la consommation de ces moteurs. Il y a une dizaine d’années, il fallait en moyenne plus de 10 litres en plus avec une 550 Maranello dans les mêmes conditions ! Il est vrai qu’à 120 km/h, vitesse que l’on atteint départ arrêté en cinq secondes environ, on roule à environ 36% du potentiel de la voiture…
La seconde surprise vient de la facilité avec laquelle ce coupé très sportif se conduit dans le flot de la circulation quotidienne, tant sur routes que sur autoroutes et qu’en ville : c’est aussi simple qu’avec une petite Alfa MiTo et au moins aussi confortable malgré le raffermissement des suspensions. Après un long trajet sur des revêtements durs, c’est surtout la résonance des pneumatiques dans l’habitacle qui fatigue. Autre petit bémol : la relative brutalité du passage des trois premiers rapports lors de très fortes accélérations. Cela va certes très vite, mais cela secoue ! Dans ces conditions, dès qu’on dépasse 6000 tr/min, une série de diodes s’allume sur la partie supérieure de la couronne du volant en carbone en guise de rappel à l’ordre, mais c’est plus un gadget pour épater la galerie : l’électronique veille !
Faute de pluie, de neige et de roulage sur circuit, il est évidemment impossible de donner un aperçu réel du comportement de la Ferrari 599 HGTE lorsqu’elle est poussée à la limite de ses possibilités et l’on peut dès lors raisonnablement se demander quelle satisfaction l’on peut en tirer après avoir signé un bon de commande dépassant la somme de 275.000 euros. Déjà celle de posséder une voiture relativement exclusive qui devrait figurer en bonne place dans le rang des objets de collection. Ensuite celle d’être en mesure de l’utiliser tous les jours pour tous ses déplacements et dans toutes les circonstances, en disposant d’un volume de coffre suffisant pour emmener quelques bagages ou ramener quelques achats, tout en ayant la possibilité de se faire plaisir sur un circuit.
Apprendre à jouer avec la réponse de la gestion électronique du moteur et de la transmission en fonction du programme sélectionné sur la « manettino » et de la pression exercée sur la pédale des freins est tout un art. Cela procure quelques moments de joie intense, surtout lorsque l’on arrive à maîtriser, avec prudence, le contrôle du pédalier des deux pieds, le pied gauche pour les freins, le pied droit pour l’accélérateur. C’est en tout cas plus gratifiant que de manipuler les palettes de commande de la boîte au volant, en tout cas sur routes, la gestion électronique étant toujours meilleure que l’être humain sur cet exercice, tant pour monter que pour descendre les rapports. Un freinage violent pour passer de 120 à 40 km/h s’effectue en douceur et en puissance, et la boîte rétrograde d’elle-même de sixième en deuxième en une fraction de seconde. Un freinage léger pour ralentir de 120 à 100 km/h et le système de gestion décide ou non de rétrograder de sixième en cinquième, mais, à la moindre pression sur l’accélérateur, c’est immédiatement le troisième rapport qui s’affiche. Assez bluffant…
Dans les circonstances économiques, environnementales et circulatoires que nous vivons déjà et que nous vivrons encore plus demain, on peut évidemment se demander si un coupé aussi sportif que la Ferrari 599 HGTE a encore une raison d’être. Le sujet peut prêter à des discussions sans fin, mais il est rassurant de savoir que le génie humain est encore capable de mettre au point un objet d’art aussi efficace et aussi performant dans tous les domaines. Pourvu que ça dure ! Pour le plaisir aussi…









