Sans saveur ni émotion…

Le Salon de l’Automobile de Genève accueille pas moins d’une bonne centaine de nouveautés durant cette première quinzaine du mois de mars. De là à conclure que c’est un programme réellement électrisant…

Suivant une « mode » qui a commencé à voir le jour, il y a déjà quelques années, le Salon de l’Auto de Genève a permis de découvrir, à la mi-mars, un gros lot de nouveaux modèles et de concepts plus respectueux de l’environnement que jamais. Et jamais autant d’appellations vertes n’auront vu le jour en aussi peu de temps. Même si quelques rares réalisations osaient encore jouer la carte du luxe et du sport à outrance, les caractéristiques techniques mettaient principalement en évidence les réductions de consommations et d’émissions nocives, développant une longue argumentation pour démontrer que les rejets de CO2 et de litres de carburants par kilomètre ont diminué d’autant de pourcent.

Alors que les salons de l’automobile de ces dernières années avaient surtout permis de découvrir des réalisations écologiquement acceptables dans les segments des voitures urbaines, moyennes et familiales, le Salon de Genève a démontré que les constructeurs de voitures de sport ne voulaient pas rater le bon wagon. Dans la foulée des concepts présentés, entre autres, par Audi, BMW et Mercedes à Francfort en septembre 2009 et à Detroit en janvier 2010, Ferrari et Porsche, par exemple, ont choisi les bords du lac Léman pour présenter des projets sportifs. Avec la « verte » 599 Hy-Kers ou avec les « hybrides » 918 Spyder et 911 GT3 R, la bonne fée de l’électricité permet de réduire très sensiblement les valeurs de consommation et d’émissions nocives. De rejets de CO2 en tout cas !

Lancée par Toyota et Lexus, il y a dix ans déjà, la technologie de pointe de la combinaison d’un moteur thermique classique à un ou des moteurs électriques est incontestablement appelée à jouer un rôle déterminant dans un proche avenir. Même si ce ne sont peut-être pas les plus nocives, les émissions de CO2, liées à la consommation de carburants, dicteront plus que vraisemblablement les futurs systèmes de taxation pour les automobiles ou pénaliseront les gros consommateurs par de sévères amendes, que ce soit en Europe, aux Etats-Unis ou au Japon. Le propos n’est pas de remettre en question la qualité et l’efficacité du travail fourni en laboratoires par des ingénieurs affûtés ni de prétendre que la pollution de l’air et le réchauffement climatique ne sont que des leurres.

On peut néanmoins se demander si les systèmes hybrides et les motorisations électriques, lorsqu’elles seront réellement consommables par le commun des mortels, ne sont pas simplement un emplâtre sur une jambe de bois, ne sont pas des démarches purement intellectuelles et ne jettent pas de la poudre aux yeux. Cela mériterait une analyse très détaillée… On peut encore se demander si les sommes énormes englouties par ces programmes de recherche et de développement ne pourraient pas être mieux utilisées en poursuivant les améliorations des moteurs thermiques à essence ou Diesel et, surtout, en réduisant sensiblement le poids des voitures actuelles, par exemple. On peut enfin se demander s’il ne serait pas plus judicieux d’assurer concrètement la formation des conducteurs afin qu’ils tirent un meilleur profit de toutes les technologies qu’on lui fournit.

Ferrari Hy-Kers

Ce n’est pas du négativisme, mais il est navrant de constater que la plupart des voitures annoncées « propres » sont d’abord et avant tout achetées pour profiter des primes fédérales et régionales, mais très rarement par conviction profonde. Qu’en sera-t-il lorsque cet encouragement aura disparu ? À moins de généraliser d’ici là les fortes pénalités pour les plus pollueurs ! Il est tout aussi navrant d’apprendre qu’un conducteur sur deux demande à un garagiste de déconnecter le système Stop & Start parce que c’est agaçant. Ou se précipite chez un autre pour se procurer une « puce » permettant d’augmenter la puissance et le couple du moteur ou pour placer de belles jantes en alliage léger chaussées de pneus bien larges…

Si quelques équipes de formule 1, essentiellement Ferrari et McLaren, ne sont pas parvenues, en 2009, à réellement exploiter les systèmes de récupération d’énergie pour offrir au pilote un surplus de puissance pendant quelques secondes (c’est remis à plus tard, pas avant 2011 au plus tôt !), Porsche va tenter l’expérience dans une course d’endurance au mois de mai. Les 24 Heures du Nürburgring, disputées sur la célèbre Nordschleife, serviront en effet d’essais en grandeur nature à la 911 GT3 R Hybrid. L’objectif est essentiellement, comme en F1, de mettre à la disposition du pilote une puissance supplémentaire pour accélérer en sortie de virage ou effectuer des manœuvres de dépassement. Ainsi que, dit-on, d’accroître l’efficacité énergétique et, donc, de limiter le poids du carburant embarqué ou de réduire le nombre d’arrêts aux stands. Ça, ce sera du concret et pas une hypothèse établie sur un concept en laboratoire…

L’expérience mérite d’ailleurs d’être suivie avec attention, non seulement parce que les exigences d’une course permettront de tirer de précieux enseignements pour l’utilisation ultérieure de cette technologie hybride dans des voitures de sport. Mais aussi parce qu’en cas de succès, le sport pourra lui donner une certaine forme de noblesse. De là à vivre un jour une victoire aux 24 Heures du Mans d’une voiture animée par un moteur électrique, il y aura quelques étapes à franchir. Et, par exemple, trouver un moyen artificiel pour qu’il fasse un beau bruit. C’est sans doute un peu ringard, mais une voiture qui ne fait aucun bruit, c’est comme un plat sans épices : il n’y a ni saveur ni émotion…

Porsche 911 Hybrid

Jeudi 11 mars 2010 - 10:351 picturePorsche
Moyenne
(1 vote)
Auteur: Etienne Visart
Envoyer à un ami
Partager l'article:

Info