C’est en terrain neutre, dans le tout nouveau palais des congrès de Bruxelles, que Dieter Zetsche et Carlos Ghosn, respectivement patrons de Daimler et Renault/Nissan, sont venus annoncer ce mercredi leurs fiançailles. « Une coopération stratégique, a précisé Carlos Ghosn. Ce n’est ni une coopération ponctuelle dans un domaine bien particulier ni une vaste alliance avec de gros échanges de participations et de management, mais une formule intermédiaire.»
Les deux groupes ont identifié plusieurs domaines (voir ci-dessous) dans lesquels ils partageront leur savoir-faire, les coûts de développement et de fabrication… Cette liste pourra être élargie dans le futur. Pour sceller cet accord, il est prévu que Daimler prenne une participation de 3,1 % dans Nissan et de 3,1 % dans Renault. De leur côté, Renault et Nissan entreront dans le capital de Daimler à hauteur de 1,55 % chacun.
Pour Carlos Ghosn, Daimler était le partenaire idéal. « On n’est quasiment pas concurrent. La complémentarité entre les deux groupes est très forte. » Cette alliance pourrait permettre à Renault/Nissan de gagner 2 milliards d’euros sur les cinq prochaines années via des réductions de coûts et des revenus accrus. Un gain qui devrait être similaire du côté de Daimler, « puisque l’accord est équilibré », a souligné Dieter Zetsche.
Pour Carlos Ghosn, ce type de partenariat est devenu incontournable. « Quand on voit les frais de développement auxquels on doit faire face pour inventer des moteurs plus propres, des hybrides, des électriques. Quand on voit ce que cela coûte d’être présent sur tous les marchés émergents et dans tous les segments du marché, on comprend que la consolidation du secteur automobile est inévitable.
Mais ce sera une consolidation où les marques gardent leur autonomie et identité propre. » Il prévient : la taille en elle-même ne suffit pas. « Ce n’est pas parce qu’on additionne des volumes qu’on en sort forcément gagnant. Si nous avons réussi à faire fonctionner l’alliance avec Nissan, c’est parce que nous avons adopté une approche transparente, basée sur la confiance et surtout le respect de l’identité de chaque marque. »
Dieter Zetsche en connaît un bout sur les fusions ratées. Celle avec l’américain Chrysler a été un désastre et s’est soldée par un divorce. Il n’est pas prêt à répéter la même erreur. « La démarche que nous avons avec Renault est tout à fait différente de celle que nous avons eue à l’époque avec Chrysler, raconte le patron de Daimler. Avec Renault, cela fait des mois que nous analysons les domaines où nous pouvons collaborer. Ce n’est que quand nous sommes arrivés à la conclusion que ce rapprochement allait nous être profitable que nous avons décidé de signer. Avec Chrysler, on a d’abord signé… »
Les deux groupes n’envisagent pas de prendre plus de 3 % du capital de leur partenaire. « Nous voulions une prise de participation significative, explique Carlos Ghosn, afin d’envoyer un signal très clair à nos équipes respectives et leur dire : s’il vous plaît, partagez vos savoir-faire et vos connaissances, ouvrez vos livres… Ce n’est pas une coopération à court terme. Aller au-delà de ce seuil de 3 % n’est par contre pas très utile. Ce n’est pas le moment de dépenser de l’argent dans des prises de participation importantes. »










